09.11.2005

Les Echelles du Mariage ou Lettre aux célibataires de ce monde

Pavé du bus n°114, à l’heure où les esclaves modernes se bousculent pour aller au bureau. Ma Fiat est en panne depuis trois semaines. Il fait exceptionnellement froid cet hivers. Au milieu de cette foule silencieuse, agonisante, je reconnais un homme de charisme, BMW renouvelée chaque nouveau modèle, déposant ces enfants porte D du  lycée Lyautey, depuis une luxueuse maison située vers les collines… près de sheet place. Je me demande ce que fait ce Seigneur parmi nous-autres, restes classés dans ce pays inclassable. Je m’approche, l’observe un instant. C’était bien lui, modestement, mais élégamment habillé. Il  portait une  cravate à damier, de couleurs blanche et noire, un détail qui ne nous échappe jamais. Il me vient à l’idée de faire l’impasse sur mon travail… cet homme m’interpelle. Je me décide à le suivre, d’abord discrètement, avant de l’accoster.

 

 « Monsieur, vous avez du feu s’il vous plait ? Mais on se connaît ? »  Avant de me répondre : « …mmm…Tu es le premier amour de ma fille aînée… ». Stupéfait par sa directe attitude, je réplique, l’air inquiet :« Comment va t’elle ? Mais enfin,  que s’est il passé ? ». Le bus nous dépose en ville et marchons un instant. L’homme paraît pressé. Après quelques virages et une longue ligne droite, nous entrons dans un Bar… il est exactement 8h38. Une fois installés, il commande un Whisky, double, et un café. A sa troisième tournée, son visage change. Le ton monte, son regard s’illumine, ses yeux rougissent, ses vers le déshabillent. Il devient un immense orateur et démontre un sens inné de dérision et d’analyse… Un Roi sarcastique. Un homme avec qui on aime se bourrer la gueule jusqu’à en mourir. «Mais enfin, racontez moi, que vous est- il arrivés ? » lui ai-je une fois de plus demandé. Et à lui de monologuer :

 

 « Il s’est passé que j’ai cinq enfants, en bas, moyen et grand age qui pourrissent mon quotidien. Une femme devenue ma mère avec le temps. Ma maîtresse me harcèle constamment à cause des dix mois de loyer impayés du duplexe haut standing qu’il a fallu lui louer. D’ailleurs, depuis un moment déjà, cette demeure est devenue un bordel publique hyper reconnu par les plus grands amateurs de sexe à plusieurs. Mes biens sont hypothéqués à cause d’un dépôt de bilan vieux de cinq ans. Je fais une dépression nerveuse infernale et entretiens avec le plus grand plaisir du monde une alcoolémie digne des plus célèbres ivrognes d’après guerre . Suite à quoi, je ne supporte plus les gens bien heureux, les gens biens dans leur peau, les gens riches et beaux. Pour tout te dire, même les vieux, pauvres, cons et moches me font vomir. D’ailleurs, chaque matin en allant au bureau, pardon, au bar je veux dire, je gerbe un bon coup en croisant ma face, devant la glace. C’est même devenu un rituel. Je n’aime plus rien ni personne, à l’exception de ma tendre jeunesse enfouie dans une mémoire biodégradable. Un jour, il a fallu d’un fatal moment de déconcentration où  elle m’a dit oui, pour la vie. Je ne les ai plus revu depuis, et ça me manque, le célibat et l’insouciance d’en temps.

Le mariage mon garçon, quelle naïveté… Peut être oui c’est vrai que 5 à 6 % des gens qui se marient ne peuvent dire que du bien de cette institution vielle de plus cinq mille ans. Pour ma part, je la maudis cette expérience. C’est un manque à être heureux. Un artifice qui réduit le nombre de chérie à une puis à zéro. Aujourd’hui, j’ai envie de coller un procès au cul à chaque petit malheureux qui me parle d’amour et de mariage. J’ai envie de cogner leur tête sans compter sur quelque chose de très très dur, qui fait très très mal, d’accrocher leurs pieds à une laisse en fer, de les ligoter à l’arrière d’une voiture, et de leur faire le tour de la ville en inscrivant en gros et gras sur le part brise que ces hommes sont des illuminés analphabètes de la vie, qu’ils sont prêt à se marier, à ligoter leurs âmes à de futures pestasses males baisées. Pffffffffff ! Ô Mon Dieu, faite moi prophète… Je soignerais les humains un à un de ce fanatisme de l’amour, responsable de plus de dégât encore que le Tsunami. Ce n’est pas dans les profondeurs de l’océan qu’il faudrait un séisme, mais dans les cerveaux cancéreux  de ces malades du cœur pour noircir leurs idées blanches de mariage. Je deviendrais s’il le faut un vampire de l’amour et c’est avec délectation que je m’en irais croquer la nuque à toute personne de plus de dix-huit  ans qui prononce en ma présence le naïf mot  Mariage. Grrr.. ça y est, je mords !


D’accord petite âmes sensible, soyons objectifs. C’est vrai, l’amour existe. Oui, on peut tomber amoureux du jour au lendemain sans préavis aucun. En effet, c’est une délicieuse ambition que de se marier avec l’être aimer, bâtir une vie à deux, procréer la joie et semer l’amour jusqu’à perte de vue. Mais cette image idéaliste du couple n’est plus d’actualité… Elle morte car obsolète. L’amour, en ce vingt et unième siècle est devenu putrescible. Faut se sortir des DVD de Cendrillon et de l’autre connasse au bois dormant. Qu’elle se réveille cette Hmara ! Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants… C’est des légendes. Les jeunes d’aujourd’hui se découvrent des tendances suicidaires après quelques courtes années de mariage. Ils travaillent de plus en plus tard, voyagent pour le compte de business-lie vingt deux jours par mois et se disent je t’aime uniquement par téléphone ! Croyez en ma propre expérience mon garçon, se ligoter avec le mariage est un crime, une damnation à perpétuité… C’est un scandale ! Par exemple, et pour ne citer que se point sardanapalesque néanmoins centrale, en supposant que demain, tu te maris ; et bien le jour Môssieur ou ta femme te considéra comme acquis, qu’elle se rendra compte une fois le voile de l’amour ôté de ses yeux chatoyants qu’elle plaît toujours ; une fois qu’elle succombera au charme du premier passant, des collègues de bureau, des camarades de sport où de l’épicier, aussi berbère qu’il soit… C’est le début d’un long dimanche de problèmes ! Non mon petit, ça n’arrive pas qu’aux autres ! Elle ira même te reprocher que ces temps-ci, elle est une pauvre jeune femme mal aimée, qu’elle ne jouie plus, qu’elle simule et que pour ça elle te hait, Connard ! Alors qu’en fait pas du tout. C’est elle qui se rend dans cet état ! C’est qu’elle ne veut plus de toi mon Coco. Dorénavant, cette chienne veut se faire explorer le minou par le grand publique… Elle se découvre de nouvelles tendances, de nouveaux fantasmes et se veut libre et libérée des contraintes masochistes du mariage. Le pire, ou le meilleure selon le point de vue dans lequel on se pose, c’est qu’elle n’a pas tord pour une couille. Faut qu’elle se fasse plaisir la cochonne, qu’elle profite de sa jeunesse restante, de sa flexibilité, de son charme nouvellement reconquis. Son seul tord, c’est de s’être liée pour la vie avec un homme qu’elle croyait aimer ! Car pour une grande majorité mon garçon, ces ex petites naïves se sont mariées avec l’image du mariage, de la soi-disant vraie vie, celle avec une maison, un personnel compétant qui saura s’occuper d’elle et de ses futurs adorables petits enfants…

Mais comme toute bonne chose illusoire, tout se tasse, se lasse et ça se casse la gueule. Je ne parle même pas de la gente masculine, cette race de tarée mentale ! Pour la majorité, les tromperies commencent avant même le mariage. D’ailleurs pour ma part, j’ai d’abord choisi ma brochette de maîtresses.... Ensuite j’ai nommé ma future femme, jeune, belle, bronzée, timide, intelligente… C’est vrai mon garçon, elles le sont toutes, intelligentes ! C’est nous les ’’hmirs’’ qui, le genoux par terre prononçons la phrase qui nous tue à petit feu, d’un délice de souffrance et avalée en mode silence, car fier malgré tout. Il a fallu l’aborder au bord de cette piscine du haut de mon humble maturité . Je lui ai alors  titillé le clitoris cervicale avec des mots tendres, d’une voix grave et réglée. « Bonjour, demoiselle. Quel bel hôtel n’es-ce pas ? Un point clairement commun avec votre déstabilisante beauté. Alors dites moi, vous êtes originaires de Fès ? Ah c’est bien ça… quelle coïncidence ! Exactement comme mes ancêtres et moi même. Je suis.. comment dirais-je, enchanté, charmé, troublé… Je dirais même presque amoureux ?! Justement, en ce moment, je me sens harcelé par ma mère… Elle me veut des petits enfants. Mais j’insiste pour tomber amoureux avant de passer chez Cartier. Puis-je vous inviter à dîner ? …» Cette jeune demoiselle, vierge et majeure à la fois – faut se situer dans l’époque et son contexte où les femmes se mariaient dotée d’une fleure toute rose et appétissante - tombe alors amoureuse de tout ce qu’elle écouta durant ce dîner. Quelques temps plus tard je lui dis : « Veux tu m’épouser ? ». Elle me répond oui et deviens ma femme. Pour moi c’était le seul moyen de calmer mon adorable mère et pour ma nouvelle femme l’unique biais pour fuir de son domaine familiale.

C’est vrai mon garçon, rendons à César ce qui appartient à Cléopâtre : nous étions vraiment amoureux tous les deux. Une des plus belles page de notre vie. Oui, je l’avoue, nous avons eu nos années de bonheur, quatre ou cinq comme le meilleure cru marocain. Nous avons profité de l’amour total et alchimique, de l’ivresse des premiers bébés, des premiers « papa, maman ». Lorsque les gens nous questionnaient sur notre nouvelle vie, je répondais : « C’est un plaisir inimaginable ! Mes enfants sont adorables, merveilleux. Ma femme est une vrai déesse. Je me sens comblé… Je n’ai jamais été aussi heureux de toute ma vie… ». Et puis ça a commencé à se dégrader. Trente et quelques années plus tard, je ne me suis jamais sentis aussi malheureux de toute notre vie.


Quoi mes enfants ? lesquelles ? Le drogué - pd – Chômeur- Dealers ? Son frère, le déglingué, saboteur de l’affaire familiale vielle deux trois générations ? Ton adorée petite pétasse qui ne dors plus à la maison depuis des lustres ? Qui appelle uniquement quand elle a besoin d’une voiture, d’argent ou de je ne sais quoi d’autre ? A moins que vous me questionnez au sujet de l’autre petite pute mineure, alias sa sœur, adolescente et mauvaise élève… Elle dort tous les soir avec un camarade de classe différent !  Dans SA chambre ! Je les croise chaque matin qu’ils prennent le p’tit déj… Dans MON salon, devant MA télé, servis par MES bonnes - que je nique de temps à autres évidemment - et cautionné par MA femme ! Je la cite : «  tu ne comprends rien à la jeunesse d’aujourd’hui toi de toutes manières » qu’elle me dit cette hmara…!!!!!!!! KKKhhhhhhhhhh… Tfouuuuu r’la kemart Dinmkoum koulkoum ! Le dernier né a sept ans à peine. Mais il n’aura pas le plaisir de me voir un jour le maudire. D’ici là, moi, je me serrais barré quelque part dans un île déserte ou je me marierais avec la paix, le célibat et la tranquillité. C’est le seul projet de mariage bénit par mon expérience et par mon acquise lucidité… »


Quand son téléphone sonne. Il parle un moment avant de demander l’addition. Il la paye, ne laisse aucun pourboire, et finit par me dire : « A un de ces jours mon garçon. Prend en de la graine ! Laisse moi te donner un dernier petit conseil tu veux ? Lorsque tu rencontres un fille pour éviter les emmerdes, tu sais ce qu’il faut faire ?  Et bien tu la Baises… bieeeeeeeeeen comme il faut... et tu la jettes ! Surtout, tu la jettes ! Sinon mon petit, tu finiras écroulé un matin accoudé à un bar, noyé dans un verre plein de remord ». Il avale sa dernière gorgée, met son béret sur sa tête chauve de bonheur,  et s’en va.


Je fixe un long moment ma tasse vide de café... Et blanc comme une pilule psychotrope, je me retourne vers le serveur et l’implore : « Tavernier je vous prie… Un Whisky…et double s’il vous plait ! »


?!?!?

 -7-

-----


 
 

19:00 Publié dans Les lettres du Foulozzof | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

04.10.2005

Galaxation - Part 2

 
Echktet décide de se la jouer cool. Il retourne à sa collocation. Zi-zig allume un joint et Ben Yacine, accroupie avec son « Tsabih »se récite ses prières d’après prière.
 

Echktet serrant la main à Zed Sans rancune aucune, vieux frère.

 
Ils se serrent la main, comme des grands, et pour ne pas déplaire, Zi-zig incline son œil gauche, comme pour dire que c’est pas grave.
 

Zi-zig – Tu sais moi, je n’aime pas les conflits. Toi, t’en est le roi. Avec toi même, t’es en perpétuelle conflit. C’est normale qu’après tu te conflies avec tout ce qui bouge.

Echktet – Pardon ? Ne recommence pas à  m’énerver Zi-zig. Fumes tes joints et évites de me titiller, ne serais-ce que pour la paix des ménages.

Zi-zig – La paix des ménages… les grandes phrases de gens civilisés. Respect monsieur l’Echktet, respect.

Echktet – Pffff… Je vais te dire un truc une bonne fois pour toute Zi-zig : j’ai des bouffer de chaleur dès que tu dis quelque chose de poétique. Et comme tout ce que tu dis tient d’une fantaisie de drogué à deux balles, ne dit plus rien, je t‘en prie, au moins pour la soirée !

Ben Yacine – A sallamou Rala ykoum

Echktetbouffée de chaleur… à Zig-Zig : On vient de se quitter depuis cinq minutes, on s’est même pas dit au revoir, et cet islamiste, pour ne pas donner d’autres qualificatifs, doit absolument dire quelque chose. Et comme il n’a rien a dire, il re-dit bonjour de manière religieuse pour la septième fois, et en profite pour refaire louange à dieu qu’il vient de quitter il n’y a même pas 3 secondes. C’est à devenir dingue !

Zi-zig à Ben Yacine, mais à haute voix :  Tu sais, cet horreur d’humain qui vit avec nous ne veut plus qu’on parle. Je lui donne des bouffets de chaleur moi quand je parle !

Ben Yacine – Y a latif, y a latif…

Zi-zig - Et toi, t’es trop religieux, ce qui doit d’ailleurs lui donner aussi des bouffées de chaleur !

Ben Yacine – Pour ton information, j’ai pris une décision en faisant ma prière : Je ne répondrais plus à cet homme. Il n’existe plus. Je ne le vois plus et ne l’entends plus ! Comme ça, c’est réglé une bonne fois pour toutes.

Echktet – Eh bien, on va voir si tu ne me vois plus !

Echktet déboutonne sa chemise, retire ses chaussures, son  pantalon, ses chaussettes et son slip.

Echktet Et là, tu me vois là ? Il défile, nue, devant ses camarades. Et comme tu remarques, moi aussi, j’ai pris une décision : Tu n’existes plus, je ne te vois plus et ne t’entends plus… On a les mêmes pouvoirs finalement.

 
Zi-zig attrape un fou rire.
Après quelques tours de piste, Echktet s’assied enfin, nue, face à Ben Yacine, qui lui, regarde et parle à ses mains dirigées vers Allah.

Zi-zig, en imperturbable zénificateur, sort un papier à rouler de son stock et le lève vers le ciel.

Zi-zig – Drapeau blanc les amis. Aller, on fait la paix. On vit ensemble, on est obligé de se supporter. Il va falloir faire des efforts les enfants. Echktet, rhabille toi, sert la main à Ben Yacine, et dis lui comme tu m’as dit tout à l’heure : « sans rancune aucune, vieux frère » … Et Ben Yacine, reviens sur ta promesse et continuons à nous chamailler, sagement.

Echktet – J’accepte de faire des efforts tant que tout le monde y met du sien.

Zi-zig se retourne vers Ben Yacine, et, avec tout l’art du regard, attends qu’il accepte le Deal. Ben Yacine incline la tête vers le bas pour dire que oui, il accepte et puis se lève.
 

Zi-zig –  Mais où tu vas Ben Yacine ?

Ben Yacine – Le temps que cet individu ai la décence de se rhabiller, je vais faire une prière pour informer Dieu officiellement de mon retour sur décision, et ce, pour la paix des ménages…

Echktet à Zi-zig– C’est un malade ce mec, il est dingue !

Un temps de silence…

Zi-zig (à voix basse) – Mais qu’es ce que vous avez avec la paix des ménages aujourd’hui ?

Echktet – T’as pas des réflexions de benêt moins évidente que ça Al klaoui ! La paix Zi-zig, qu’elle soit des ménages, qu’elle emménage ou qu’elle déménage, on s’en fout bordel.

Zi-zig  – On va jamais y arriver. On a dit la paix monsieur de L’Echktet, la paix.

 

Echktet se rhabillant  – S’il te plait Zi-zig… Petit homme, ça va. L’Echktet, sa passe. Mais

monsieur de L’Echktet… Tu trouves pas que tu en fais un peu trop ?

Zi-zig – J’adore quand tu prends ton air de petite victime.... Il hausse le ton. On s’en fout

comment tu t’appelles, comment nous on t’appelle ou comment il faut qu’on t’appel. C’est

des détailles Bordel !

Echktet – Mais c’est qu’il apprend vite le jointé ! A lui même… Il va falloir me méfier de cette espèce d’énergumène.

 
Ben Yacine en fin de prière – Sadaka Allah ou alradim
Un temps passe. Il revient à sa place.
 

Ben Yacine – A sallamou ralykoum

Echktet – Pff…

Zi-zig – Shuut ! on a dit la paix !

 
Echktet sert la main a Ben Yacine…

Echktet – Sans rancune aucune, vieux frère…

Zi-zig – Ca c’est la classe

 
TROISIEME GALAXIE
Paix à la guerre
 
Ils sont là, tout les trois las. Rien de beau se passe. Les silences défilent les uns après les autres, quand soudain…
 

Echktet – Et ben ! Elle est belle la paix. Je comprends pourquoi les humains sont si portés sur les guerres. Si la paix avait envahie notre univers, ou en serait le monde aujourd’hui ?

Zi-zig – Tu vas pas recommencer avec tes visions de visionnaires de grandes taille De l’Echktet ?

Echktet – Tu as des trucs intéressant à dire toi, à part réfuter mes visions de visionnaire de grande taille !

Zi-zig – Je n’ai rien à dire. D’ailleurs, je vais faire un joint pour faire quelque chose sans avoir à utiliser mes deux cordes vocales, ma bouche et mon cerveau en même temps. Comme ça, j’emmerde personne avec mes salades grandes tailles sauce au visionnaire.

Echktet – Tes salades quoi ? bouffés de chaleur.  Vas-y vas-y, roule un joint. Roules en même deux, quatre si tu veux. Fumes les en même temps si ça te fait kiffer. Mais surtout, zappe le monde réelle, réfugies tes petits neurones dans ta petite cervelle et restes-y. Comme ça on aura la paix.

Zi-zig – Non petit homme. Je roulerais et fumerais un seul joint. Comme ça, je resterais assez concentré pour écouter tes visions…

Ben Yacine et ZZ en même temps – … de visionnaire de grandes tailles.

Echktet – Mais il a de l’humour l’islamiste !? Vous avez le droit à la dérision vous ?

Ben Yacine – D’abord, je te prierais de respecter ce que je suis petit homme. Ensuite, ce que je pense est personnel et ne regarde que moi. Maintenant, si tu as des commentaires à faire sur les islamistes, je crois être capable de tenir un débat avec toi, pour que dieu puisse t’accepter en sa sainte miséricorde. Je suis prêt !

Echktet sourire ironique – Pour que Dieu puisse m’accepter en sa sainte miséricorde… Mais es-ce que tu t’entends de l’islamiste. Tu sais, dans miséricorde, il y a misère et il y a corde. La misère, tout le monde connaît. Mais la corde, dans ce contexte, elle servirait plus à se pendre qu’à autre chose. Et ce que tu crois que je désire que Dieu m’accepte en sa sainte miséricorde Ben Yacine?

Ben Yacine – Ya lattif, ya lattif ! Il se lève, choqué de la tête au pied, et avec toute son énergie, Ben Yacine tend son bras  vers Echktet et crie : Sorts de ce corps Satan, sorts de ce corps !

Zi-zig – Ca y est, il recommence !

Ben Yacine – Sorts de ce corps Satan, sorts, sorts de ce corps …

Echktet – (à Zi-zig) Satan est en moi et je ne l’aurais pas remarqué ? Dieu aurait planté Satan dans mon âme, à mon insu, sans qu’il s’inquiète à mon égards, sans qu’il ne me demande si je suis d’accord ou pas ? Et toi en plus, tu as le don de voir si Satan se cache dans le corps des gens ? Impressionnant ! Et à quoi il ressemble physiquement Satan ? Il est rouge, comme dans les dessins animés ?

Ben Yacine – Aroud li Allah mina chitan a rajim yal baliid, aroud li Allah ! Il détend son bras, et s’assieds en mode prière.
 

Zi-zig – Vous êtes de vrais idiots. Impossible d’être cool cinq minutes !

Ben Yacine - Mon Dieu, nourrissez mon âme de patience, je vous l’implore seigneur.

Zi-zig – Stop ! bouffées de chaleur… Maintenant, c’est moi qui est des bouffées de chaleur. Bientôt on pourra créer une association des victimes des bouffées de chaleur ! Ca peut plus durer ! Il va falloir qu’on trouve sérieusement un moyen qui permettra la paix dans ce grenier à bêtise. On est pire que des rats de laboratoire !

Echktet – Pffff…

Ben Yacine – La houla oua la kouati illa billaha al rali al radim…

Zi-zig – Ouais, et moi donc…

 
L’ambiance se tasse. La pièce est après quelques minutes tout à fait silencieuse. Les seuls décibels qui circulent dans cet atmosphère émanent des bruits de ’’ tafs‘’ que fait Zi-zig avec son joint et des prières quasi silencieuses de Ben Yacine. Echktet sort de la pièce et allume une cigarette.

Echktet à lui même – Comment il retourne la situation en sa faveur le drogué ! Comment je suis énervé ! Comment je les haies ! Comment j’ai honte de ma gueule, de me faire dominer par une larve mi-morte mi-vivante, c’est horrible ! Petit silence

Le comment du pourquoi de demain… ils s’en foutent eux ! Autre petit silence…

Zig-zig, c’est vrai qu’il ne me sert à rien. Mais l’islamiste, il doit pouvoir m ‘être utile avec ses théories spirituelles. Demain, les humains seront éparpillés dans plusieurs galaxies, plusieurs petites planètes plus vastes et plus belles les unes que les autres, et nous, on est là, à se chamailler, à s’entre-bouffer, au lieu d’essayer de comprendre de quelle manière la descendance de cette planète va explorer l’univers et d’organiser en mode précepte une logistique de déménagements avant-gardiste !

Et le bon Dieu… Il est au centre de cette remise en question planétaire ! Il écrase sa cigarette.

Bon, j’y vais, je vais tout faire pour qu’on arrête la chamaille, pour qu’on puisse débattre comme des gens civilisés, digne d’une descendance extra terrestre.

 
Le narrateur : Mais qui sont ces gens ? D’ou viennent-ils ? Ou sont-ils ? Ou vont-ils ? Comment se fait-il que ces trois individus vivent dans une même pièce, à se fendre les uns les autres, à s’entretuer, alors qu’aucun atome crochue les unis ?
 
Affaire à suivre…
-L-

----

18:40 Publié dans Les lettres du Foulozzof | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

13.09.2005

Galaxation - Part 1

Dans une pièce clause, trois personnes d’origine différente, de personnalité opposée s’échangent mutuellement leurs réactions et leurs visions des choses, à l ‘écoute de l’information du jour :

Voix off, radio Saoua - L’univers est immense, énorme, peut être même infini. Depuis quelques semaines, les Américains ont mis sur orbite un télescope géant pouvant observer l’univers à des années lumières de notre planète. Après plus d’une dizaine d’année d’efforts, d’ingéniosité, de problème technique misérable (passons les commentaires), nous pouvons enfin admirer l’immensité de notre univers.

Zi-zig - Ils font joue-joue avec un jouet nasazien de plus d’un milliard de dollars et pour notre plus grand bonheur !

Echktet - De nouvelles équations naissent pour vivre quelques centaines voire quelques milliers d’années…

Voix off, radio Saoua -  Les premières réactions par le colonel Major Brade Baby, en direct de la Nasa :  « Les états unis d’amérique ont l’insigne honneur de présenter au USA et au reste du monde notre dernière information qui fera un peu oublier nos misères d’Irak car enregistrez bien, reste du monde, nous avons aperçu la limite de notre galaxie. Fantastic! Et nous avons trouvez, tenez-vous bien chers américains : Une deuxième galaxie, je répète : une deuxième galaxie. Notre télescope est formel. Malheureusement, nous ne pouvons en savoir plus pour le moment. Aussi, nous avons emménagé un chantier géant qui nous permettra cette fois d’en savoir plus encore sur le contenu de cette deuxième galaxie. Notre télescope actuel nous permettra d’explorer la première dans tous ses recoins. Les Etats unis D’Amérique sont fiers  de servire notre mère patrie, La Terre »
 
God Bless America…Un milliard de commentaires à faire sur ce qui vient de s’écouter ! Reviendrons dès que possible…
Echktet éteint la radio, Ben Yacine fait une prière, tandis que Zi-zig allume un joint.
 
Echktet – Qu’es ce qu’il croyait trouver derrière notre galaxie ? Une porte avec dieu derrière, les bras ouverts !?

Ben Yacine - Stikh fir allah al rali al radim…

Zi-zig – Qui dit nouvelle galaxie, dit moultes systèmes solaires, dit terresss à l’horizon.

Ben Yacine – Le royaume de Dieu est plus vaste et plus infini que nous ne le redoutions ! Dieu est grand,  hamdoulilah…

Echktet – Pfffff ! Moi, en écoutant une information pareille, j’ai l’impression que dieu n’est pas ou n’est plus ! J’ai peur et vous savez pourquoi j’ai peur ? J’ai le sentiment que nous ne représentons rien au sein de notre monde ! On est tout petit, minuscule, misérable, microscopique… Rien, le vide, oualou, nada, todo va pas béné !

Ben Yacine – Ne fabules pas petit homme, lèves les yeux et les mains au ciel et remets-toi au Seigneur.

Echktet – Re-pfffffff. Suivie d’un petit silence…On se croit au centre du monde. Or la terre n’est qu’un atome parmi les atomes de l’univers, autrement dit aussi grande que microscopique. La terre et ses humains dans l’univers sont infiniment plus petit qu’un globule rouge dans le corps d’un homme.

Zi-zig - Je veux me noyer dans un aquarium de fumée de cannabis et oublier les télescopes et l’espace. On est des oualouscopiques !  Et si ça se trouve comme tu dis petit homme, dieu n’est pas ou n’est plus avec nous.

Ben Yacine à lui-même – Ya latif, ya latif, ya latif…

Echktet – … Mais moi je veux que dieu existe ! Sinon, la vie n’a pas plus de valeur qu’un tas de merde ! On né, on vit, on meurt, et c’est tout ! Un passé, un présent, mais pas d’avenir. Un Stop énorme en guise de dernier souffle et pour l’éternité ! Et avec ça, on dit que la vie est belle, qu’on a de la chance, que c’est fabuleux… un vrai miracle  ! Si c’est ça, je haie la vie de tout mon cœur et même si ça ne sert à rien, je la maudirais jusqu’à ma mort, moi la vie !

Ben Yacine à lui-même – Oua hada barri y mchi li al jahnaam!

Zi-zig – T’a raison petit homme, la vie sans l’éternel derrière est une vraie frustration !

Ben Yacine priant à voix basse mais assez fort pour qu’on l’entende – Mon Dieu, faite que ces deux imbéciles retrouvent la raison et vous implore Miséricordieux, ôtez-leur le voile qui les aveugle pour qu’ils puissent enfin admirer et rendre hommage à votre Immensité infinie, Glorieuse, Généreuse et Magnifique.

Echktet gueulant comme un malade Arrête Ben Yacine, Arrête ! Mais comment dieu peut-il supporter tes trois cents soixante cinq prières par heure. Fout lui la paix, au bon dieu ! Stop ! Change de disque, participe, anticipe… Mais arrêtes avec le bon dieu !
 
Ben Yacine, choqué, est sur le point de pleurer, de crier, de tout casser.
Il fait une prière à voix basse pour se calmer…
Il se calme et remercie dieu de l’avoir calmé.
 

Echktet – Bon, c’est pas ça, mais moi je me pose une question : Imaginons que dans cent cinquante ans, on aura répertorié 12 galaxies, avec 52 systèmes solaires et 30 planètes habitables par les humains. Que dans deux cents ans, on aura trouvé le moyen de s’y déplacer et quelques dizaines d’années plus tard, les terriens déménagent ! La vie aura alors une tournure extraordinaire ! Vous imaginez un peu le scénario ou vous avez quelques difficultés à vous projeter mes amis ?

Zi-zig ironisant tjrs – Tu délires là ou quoi ? C’est moi qui fûmes les joints, c’est moi qui devrais faire la science fiction.

Echktet – Ta gueule putain. Laisse réfléchir les visionnaires de grande taille, connard !

Zi-zig – Agressif !

Ben Yacine – Lahoula ouala Kouaty illa bi allah al raly al radim ! Vous n’êtes que deux mécréants qui ne savent pas rendre hommage au Divin de son Immense générosité. Vous brûlerez mes enfants !

Echktet fatigué – Dis-moi Ben Yacine, si dieu à besoin de six jours et d’un jour de repos pour bâtir la terre, cet atome microscopique par rapport à l’immensité de son royaume, combien de temps a t-il mis pour construire l’univers ? Un an, deux ans, diiix ans ?

Zi-zig – Si ça se trouve qu’il existe, il doit toujours être en train de bosser le bon dieu.

Ben Yacine ulcéré – Que les anges rapportent à Allah les conséquences idéologiques du diable qui vous habite, bande de mécréants. Vous n’êtes que des diablotins !

Echktet – Tu sais que tu es insupportable Ben Yacine, que tu me fais chier, que j’en peux plus de tes miséricordes et de tes fabulations spirituelles. Je te haie !

Zi-zig – Agressif !

Echktet – Et toi zig-zag là, avec tes joints qui attaquent ta tribu de neurones en voie de disparition. Tu sais que tout ce que tu dis n’a ni tête ni queue. Que si tu continues dans cette voie, tu finiras en loque humaine, à l’image d’une bite molle !

Zi-zig lui coupant la parole, la voix tremblante – Très agressif ! Trop même. T’as pas le droit petit homme. Y’a des limites bordel ! Je t’interdis de venir empiéter sur mon territoire zénifié par un investissement neurotique qui me coûte la peau des fesses de mon père, grande gueule de merde. Je déteste les sales petit cons de ton espèce avec leur mépris à deux balles et qui se sentent obligé de partager parce que ça leurs pèse lourds, sale petit sac à merde !

Ben Yacine – Vous irez sentir la chaleur des ténèbres, ‘jahnaam’, et vous verrez bien… vous n’êtes que de simples mortelles.

Echktet – Ca, c’est toi qui le dit

Ben Yacine – Je vous implore Bon Dieu, dédiabolisez-les.
 
Zi-zig et Echktet, en cœur :             TA GUEULE ! nom de Dieu !
 
 
Echktet sort prendre l’air et griller une cigarette. Zi-zig se roule un autre joint alors que Ben Yacine, bien sûre,  entame  sa prière du soir…
 
Echktet à lui-même - Mon rêve, c’est de déménager. C’est une cellule cette collocation. Ils ne sortent jamais ces malades. Un en train de prier jour et nuit et l’autre, son dieu, c’est le haschich ! .. du matin au soir. Je vis avec une vrai bande d’extrémistes.             Petit silence…
C’est dommage… dès qu’on aborde un sujet intéressant c’est l’abordage ! Impossible pour des humains de se détendre et de s’entendre. On se déroute, on se fait une guerre au lieu de se frayer un chemin et de profiter d’une complémentarité certaine pour avancer.             Un autre petit silence…Il écrase sa cigarette.

Bon, j’y vais. Je vais continuer à tout faire pour qu’ils se barrent ces connards. Je rêve de partager cette collocation avec deux déesses qui n’ont dieu que pour sea, sexe, and Sun… et pour moi, évidemment !

 
Le narrateur : C’est la fin d’un acte certes, mais nous ne sommes pas à l’abri d’un deuxième… Affaire à suivre…
 
-L-
----

 

12:15 Publié dans Les lettres du Foulozzof | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

09.09.2005

Vous avez dit intelligent ?

 

Le Marocain fait partie de la race supérieure, ç’est aujourd’hui certain.

Si si, il est intelligent et par auto-proclamation s’il vous plait !

Quarante millions de Salvador Dali dans ce pays ! Record absolu !

Y’a qu’à aller faire un tour dans les rues casablancaises, discuter de n’importe quoi avec n’importe qui et tentez de leur faire dire qu’ils sont intelligents. Sans exagérer, vous avez 90% de chance d’y arriver. Les 10% restant vous parleront d’intelligence pour ne pas paraître prétentieux. Certains, ou même la quasi-totalité vous diront certes, avec leur dégaine de mal propre, que la vie ne leur a pas sourie, que le mauvais œil les suivait comme la guigne ou qu’une sorcière leur a jeté un sortilège etc. … Ils finiront par vous dire, et même pire, par vous faire dire qu’ils sont sacrément intelligents.

Du peuple faible au maillon fort, de l’élite à l’analphabète, un seul slogan : ana dmagh/je suis une tête.

Dans le jargon maritime, ça donne : Ana Bhar / je suis l’océan … Explication :

Rencontre avec un commis de douane, un jour ou il faut être devant la mer, vers 09h27 (le 27, c’est les minutes de retard…) à la description nécessaire : Mal réveillé, à peine remis de la cuite de la veille, pas remis d’ailleurs des cuites de ces 15 dernières années, Abdel-ché-plus-comment est mal rasé, les yeux à peine ouverts, une dentition d’aliène entretenue par dix cafés du matin à trois paquets de casa sports au soir, visage grisâtre mais fière, avec l’envie bien connue de refléter l’apparence d’un homme serein, sûr de lui . Mais ce n’est que la façade de cette personnalité intelligente auto-proclamée du malin commis, peu bénin. Pour info, le commis de douane est atteint de la maladie maligne du corrupteur corrompu, mythomane, cleptomane, névrosé, alcoolique et ‘dépressivement’ fatigué.

Dès qu’il m’aperçoit, son regard me parle et me dit (retransmis de l’Arabe au français grâce au cite altavista.com : « j’adore had les clients qui ne connaissent rien au métier. Je vais t’enculer monsieur avec une de mes bites, la plus petite en l’occurrence, d’abord pour que tu ne sentes rien et ensuite pour revenir me voir avec la certitude que je t’ai sauvé la vie d’une terrible catastrophe que tu n’aurais pu éviter s’en être venu me voir, moi, le commis des commis, l’immensément intelligent, le plus intègre au sein de l’administration des douanes et impôts indirects » . Une invitation (sur mon compte évidemment) suit son amical bonjour - on aurait dit deux vieux potes inséparables - pour aller discuter autour d’un café, dans un café du port, « hda magasin 11 ». On grimpe donc dans ma Fiat et, arrivés à l’entrée d’al marsa, il me demande dix dhs à donner au gendarme-portier pour franchir ce premier cap. Je sors alors dix balles de ma poche et les lui donne. Le gendarme s’approche, me fixe du regard comme si j’étais un terroriste, échange deux trois mots avec le commis, me re-fixe du regard et fait enfin signe de passer. A peine installé dans ce café, ambiance portuaire, les yeux de notre intelligente vedette me parlent encore et me disent toujours « T’es une bonne graine. La récolte risque de me payer, à moi et mes potes de la douane que nous allons tous les deux corrompre, dix jours de 25 tournées de spissial dans mon bar préféré, chez ma copine Hamama, à deux rues du port». Entre parenthèse, les dix balles précédemment échangés contre une entrée au port pour aller boire un café dans un café et discuter, sont passés directement dans la pochette de la chemisette de abdel-ché-plus-comment. En fait, il a du donner cinq dirhams au mec et garder le reste, car j’en suis sûre, il a bel et bien tendu la main au gardien, et moi, faisant celui qui n’a rien vu, réconfortant son égaux d’homme malin et intelligent qui dupe tout ce qui bouge. Car, en lui faisant la remarque, il m’aurait probablement dit qu’il fallait les donner à l’autre gars, à la sortie du port. Donc, plastique !

Nous avons discuté de cette machine qui doit arriver sous peu à Casa et là, il commence à préparer le terrain qui me verra défait par l’intelligence royale des ce fabuleux commis. Résultat des courses : Je paye en plus de la machine, du transport, des frais de transit, 5000 Dhs de corruption qui ferra que ma machine sortira immédiatement après son arrivée à Casablanca. Sinon, je dois attendre dix jours, payer une panoplie de frais annexes, et risquer la saisie de ma marchandise néanmoins légale. Le commis face à moi dit pendant qu’il distribue des bonjours à toutes les personnes qui croisent notre marocaine réunion : « analyse avec moi mon frère, grâce à moi, tu vas économiser de l’argent, du temps, et donc encore de l’argent. Tu es quelqu’un de racé, d’intelligent, tu sais que c’est la meilleure chose à faire monsieur. Vraiment, tu as de la chance d’être tombé sur quelqu’un comme moi, rah je suis al bhar dans le métier, tout le monde me connaît et connaissent les gens que je connais ». Avec cette voix extrêmement bien rodé, son regard me crie : « tu viens de te faire enculer par ma divine manipulation cérébrale ». L’orgasme du commis exprimé par le diabolique sourire face à moi gicle exactement comme vous êtes en train de l’imaginer. Mais, et elle est là la feinte, j’esquive son tir à la Matrix, lui inflige un merci beaucoup avec soulagement, lui explique que j’ai un mail urgent à passer, paye les cafés et le dépose au terminal conteneurs Tarek où il m’explique en chemin qu’il doit sortir 25 boites d’un coups en 45 minutes. On se donne Rdv pour le lendemain.

11h11mn, Arrivée au bureau. Je me pose devant mon écran, repasse le film dans ma tête et me dit qu’il me faut un conseillé d’urgence. Au programme : déjeuner avec mon ami et frère ‘’Hamid Ould Mimid’’, le plus célèbre des mafieux répertorié à ce jour, récemment rentré d’Amsterdam pour business. Alors que j’eu à peine fini de lui conter mon périple extraordinaire au port de Casablanca, il me fixe comme si j’étais un benêt, et de sa voix attendrissante et grave, il me dit : « Si le mec met 10 dhs qu’il devait donner au gendarme-portier dans sa pochette, les 5000 balles, c’est au douanier qu’il va les donner ? Si le mec connaît vraiment toute la jet de la douane marocaine, il a besoin de donner deux balles au portier pour vous laisser entrer au port ? Cela m’étonnerais fort… » conclut-il, sagement.

Ah ! Ce Oueld Mimid, quelle clairvoyance, quel esprit d’analyse, quel mafieux ! Il me conseille de travailler avec un vrai transitaire, quitte à payer le double d’honoraires, au moins tout se passera bien. J’insiste pour travailler avec mon commis, employé d’un grand-oncle à moi, qui a besoin qu’on l’aide en ces temps difficiles.

Je rencontre rammi M’jid à 15 h 42, la sieste ayant durée plus longtemps que prévue. Et là sur un plateau, il me pause une aberration de grand-oncle. Elle disait : « Alorghs, (accent fassi svp) comment tu trouves le déclarant. Tu sais, c’est un génie dans tout ça… bla… bla… bla… » et là, je fais mine de rien, lui dit oui, termine l’entrevue, l’embrasse, lui dit merci, quitte le bureau et me réfugie dans ma fiat, le cœur qui palpite les mains qui tremblent, les nerfs à vifs.

Retour au bureau, 16h29 affiche l’écran de mon poste ’’ user01 ‘’. Je me parle et me dit : « Génie, il a dit que l’autre égale génie. Donc ça veut dire que mon grand-oncle est génie s’il parle de ça, c’est qu’il vie ça, que ses enfants sont génies, leurs amis aussi, leurs épouses aussi, bref, un monde de génies. Incroyable ! ». Je me sens époustouflé par le volume de génie au mètre cube, quand soudain, la raison me choppe en plein vol et m’affirme : « Nooooooooooooooon ! Molière, est un génie. Goddard, Kubrick, Sartre, Balzac, Dali, Picasso, Shakespeare, Mao, Platon et quelques autres. On en répertorie seulement quelques dizaine par siècle et c’est large comme statistiques. C’est eux les g biens, le reste ne compte pas, ou trop peu… » Soulagement, ressaisissement, questionnement… J’éteins mon poste, métro, dodo.

A ce jour, la machine est toujours au port, depuis presque deux mois. Je me suis fait virer de mon ancien taf, et là, je bosse pour mon grand-oncle qui me dit souvent quelque chose qui fait très peur : «… Tu es quelqu’un qui voit loin, d’intelligent, je sais que tu as un avenir certain… » Depuis, je suis insomniaque.

Maintenant voilà, tous les Marocains, dans leur plus fort intérieur se considèrent intelligents, au moins plus que les autres. C’est dans nos gènes. Alors, pour tout vous dire, j’effectue un travail sur moi-même en me disant tous les matins au p’tit dèj. : « Je ne suis pas intelligent, pas intelligent… », comme ça j’arrive à me démarquer de la masse, ce qui fait de moi certes, quelqu’un de pas intelligent, mais au moins, quelqu'un de différent.

Et c’est ça qui compte !

-L-

….

18:07 Publié dans Les lettres du Foulozzof | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note